Soutien à de jeunes artistes berbères

 

Othman Tinba, 25 ans, peintre et musicien

 

 

Autoportrait par Othman Tinba (Bouchikhi)

Né le 1er avril 1985, dans la petite ville de Goulmima, dans le sud-est du Maroc, je poursuis mes études en informatique dans un institut de technologie appliquée de la même ville. J'ai trois frères dont je suis l'aîné.

Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours eu un penchant pour le dessin, une tendance qui s'est affirmée lors des cours d'éveil artistique que nous recevions au collège de ma ville natale. Je me distinguai alors de mes copains par mon attirance vers les lignes des dessins et les peintures, ainsi que par mon attention sacerdotale envers les paroles et les gestes du maître qui guidait nos petites mains pour nous apprendre le mélange des couleurs. Je découvrais sans m'en rendre compte un monde de lumières qui allait éclairer les ténèbres de la solitude du petit garçon que j'étais et qui n'a nullement été favorisé par la nature. Les séances d'apprentissage étaient alors pour moi une bouffée d'oxygène qui brisaient la monotonie des autres cours auxquels j'excellais aussi mais à un degré moindre. C'était grâce à la peinture, à ces couleurs magiques qui venaient danser devant mes yeux, que j'ai pu garder un intérêt palpable pour les autres matières. En moi, je sentais la magie de la peinture mais aussi que je ne pouvais me suffire de ce monde féerique et qu'il fallait en même temps maîtriser le code alphabétique et donner de l'importance aux autres disciplines si je voulais vraiment me faire une place au soleil.

Avec le temps, ma flamme pour l'art pictural ne faisait que grandir en moi, mais je devais patienter à chaque fois, remettre à plus tard l'éruption de ce volcan qui brûlait mes entrailles, en attendant de me faire une situation "sérieuse" qui pourrait me garantir les moyens de subsistance susceptibles de me garantir une vie décente et surtout qui me permettrait de raviver les tisons qui dormaient dans mon coeur dans l'attente du moment opportun pour jaillir à l'air libre.

Ce fut alors la traversée du désert à un âge précoce, mes études secondaires que je terminais non par un quelconque attachement véritable mais parce que c'était ma voie de salut, mon sentier de forêt déjà parcouru par des milliers de pieds nus comme les miens et qui devait assurer ma subsistance. Je m'attachais donc aux études avec acharnement et obtint mon baccalauréat sans grands efforts de ma part, notamment dans les langues qui étaient les plus proches de moi, quoi que je les ai considérées comme incapables de traduire ce que je ressentais. Seul le pinceau pouvait à mon sens se faire fidèlement l'interprète de mes songes les plus fous qui prenaient dans mes rêves aussi bien diurnes que nocturnes la forme d'un mélange édénique de couleurs que je ne voyais que dans ces rêves et que je n'ai jamais pu voir dans la réalité.

Cependant, seul et sans aucune forme de soutien matériel, je risquai de voir s'éteindre mon amour pour la peinture. Mon plus grand désir était de déchirer le silence qui m'empoignait et risquait de m'ensevelir à tout jamais si une main angélique ne venait m'extirper de cette situation où je m'enlisais à défaut de lieux où j'aurais pu exercer ma passion dans un petit village oublié. J'allais sombrer dans l'oubli et peut-être devrais-je être contraint de finir mes jours dans un bureau minable d'un service public quelconque.

Je rêvais d'être remarqué par un artiste quelconque ou d'être parrainé par un mécène qui m'ouvrirait l'empire des couleurs où des êtres de lumière viendraient m'introniser, mais en vain. J'allais sombrer dans le désespoir quand le hasard qui, dit-on, fait bien les choses mit sur ma route un homme saint sans besoin de catéchisme qui me tend le bras et me guide à travers les dédales de la vie.

La lumière ne m'a pas abandonné. Je vivrai pour ma passion, je vivrai pour ma peinture !

Traduit par A.Boufous

 

 

 

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Première action en mars 2010