Bilan mitigé des projets de l’Association TIWIZI Suisse...

 

Edito d'Hamid Touali, vice-président...

Nous sommes arrivés au terme de cette année 2012 avec un bilan positif relatif à nos actions en faveur des écoliers berbères du sud-est du Maroc. Si l’on continue encore à agir dans ce domaine, c’est parce qu’il y a encore sur place de bonnes volontés armées de responsabilités et d’engagement. Néanmoins, il est déplorable que des associations ne dépassent pas le seuil de leur création. Comme si l’objectif d’une association était d’être une association, pas plus. Même quand elles sont créées par des lettrés (enseignants ou universitaires), il existe encore un déficit en matière de maîtrise des projets depuis leur planification jusqu’à leur réalisation ainsi que leur évaluation. Il y va de l’entreprise d’apprentissage continu et du développement des réseaux de relations avec les donateurs et sponsors, européens notamment. Malgré le fort besoin sur place en termes de scolarisation et d’aide aux écoliers démunis, des projets demeurent délaissés et non suivis nonobstant les moyens déployés par les donateurs. Comme si l’objectif était de recevoir un don et de gonfler la liste de ses partenaires étrangers, étrange signe d’activisme solidaire envers les populations. Cela explique le retard dans la réalisation de certains de nos projets. Si injustice il y a, c’est parce que des acteurs «lettrés» sur place y concourent également par leur manque de « capabilités » selon les termes d’Amartya Sen (prix Nobel d’économie en 1998 pour ses travaux sur la famine), sans scrupules et sans éthique de responsabilité. Malgré l’attitude irresponsable et impropre de certains «ainés lettrés» embourbés dans une incapacité caractérisée, l’Association Tiwizi Suisse, grâce à ses partenaires, donateurs et membres que nous remercions pour l’occasion, continuera malgré tout ses actions en faveur des écoliers berbères pour ouvrir une brèche dans cette forteresse de pauvreté et d’indifférence.

 

Depuis 2 ans, l’Association se bat contre vents et marées pour poursuivre ses projets au Maroc malgré l’inertie et le manque de fiabilité rencontrés avec certaines associations marocaines. Alors que nous avions mis en place de nouvelles stratégies d’approche et de sélection de nos partenaires (éviter les intermédiaires lors du choix des associations bénéficiaires, les rencontrer personnellement sur place et signer en notre présence certaines conventions, veiller à ce que les partenaires potentiels maîtrisent les démarches administratives nécessaires à la réception du don, etc), nous rencontrons encore et toujours des obstacles et des déconvenues au moment de la réalisation de certains projets avec certains partenaires. Alors qu’à travers le Maroc tout entier, des milliers d’enfants, petits et grands, seraient heureux de profiter de livres, jeux et jouets divers, certaines associations, qui ont pourtant manifesté leur souhait de collaborer avec Tiwizi Suisse sur de tels projets, se montrent soudainement au moment de les concrétiser d’une totale inefficacité et passivité, quand il ne s’agit pas clairement d’un manque d’honnêteté et de respect envers les engagements pris avec notre association.

C’est ainsi que plusieurs projets qui devaient être démarrés au cours de l’hiver 2011 avec une association qui, en apparence du moins, semblait présenter toutes les garanties de sérieux, n’ont pas été mis sur pied par ce partenaire sous des prétextes que nous avons considérés tellement scandaleux (« nous sommes flemmards dans l’association », « nous avons déjà assez de livres », « nous n’avons pas le temps de nous occuper des cartons de matériel », « nous ne sortons pas les livres des cartons tant qu’ils ne sont pas réclamés par les enfants », etc. pour n’en citer que quelques-uns) que nous n’avons pas entrevu d’autre issue que de cesser toute collaboration et, par conséquent, de rompre toutes les conventions de partenariat avec ces personnes en lesquelles plus aucune confiance ne pouvait être accordée. De ce fait, nous avons été amenés à récupérer le matériel déjà remis il y a un an à ce partenaire afin de le confier à d’autres bénéficiaires plus sérieux. Malheureusement, non content de ne pas respecter ses engagements et de ne pas mettre ce matériel à la disposition des enfants, de leurs parents et de leurs enseignants, ce partenaire a refusé pendant plusieurs mois de nous restituer le don comme cela est stipulé en cas de rupture de convention. C’est ainsi que nous avons été contraints de menacer ce partenaire de dénonciation auprès de l’Entraide nationale marocaine et de la presse régionale ainsi que de porter plainte auprès de la justice pour parvenir enfin à faire valoir nos droits de donateurs. Finalement, courant décembre 2012, nous avons pu reprendre possession de l’ensemble de notre don dans le but de concrétiser de nouveaux projets avec de nouveaux partenaires comme vous aurez l’occasion de le découvrir sur notre site internet.

La fiabilité des associations marocaines

Le problème du manque de crédibilité des associations marocaines dépasse le cadre de notre propre expérience. En effet, rien que dans le centre urbain de Goulmima, l’une des zones d’action de notre association, sur une trentaine d’associations locales dites de développement social/local, seules 3 d’entre elles (10%) sont des associations dignes de ce nom, à savoir qu’elles réalisent réellement des projets pour la population. Toutes les autres n’ont d’association que l’appellation et n’existent que sur papier. Beaucoup d’associations marocaines cherchent des partenaires internationaux non pas pour réaliser des projets sur le terrain mais uniquement pour affirmer haut et fort qu’elles reçoivent des dons de l’étranger sans même ensuite en faire bon usage, voire tout simplement usage. Ce que nous pensions, au début de nos activités, être une critique infondée, voire une rumeur, s’est, malheureusement pour nous, vite avéré réel ; nous en avons fait l’amère expérience à plusieurs reprises malgré toutes les précautions pourtant prises au préalable.

« Les associations marocaines vont désormais devoir rendre des comptes car le monde associatif concentre sur lui un faisceau de critiques. Le manque de compétences, l'appât du gain, la mauvaise gouvernance, le manque de transparence et le détournement de l'action associative au profit de l'action politique sont les principaux reproches qui lui sont adressés. Certes, ils ne sauraient caractériser l'ensemble des ONG marocaines, dont certaines font un travail remarquable, tant dans la vie communautaire que dans le social et le domaine des droits de l'Homme. Il est toutefois certain que si l'on considère les associations marocaines dans leur ensemble, leur efficacité pourrait être largement améliorée. De très nombreuses associations rencontrent des difficultés, entre faible structuration dû à leur jeune âge, manque de financement et manque de ressources humaines qualifiées. » (Extrait de l’article « ONG marocaines sur la sellette » du 30.03.2012 paru sur le site internet http//:developpementaumaroc.over-blog.com).

L’avenir de l’Association TIWIZI Suisse

Aujourd’hui, notre association réfléchit à la meilleure manière de mener ses futures actions de solidarité au Maroc en limitant autant que possible les problèmes de toutes sortes et en optimisant au maximum les retombées positives. En effet, les difficultés rencontrées ces dernières années avec certaines associations marocaines ont non seulement eu des répercussions négatives sur la fréquence des projets que nous sommes parvenus à réaliser mais ont également entraîné à chaque fois le risque de perdre le matériel acheminé à coup de milliers de francs financés sur nos deniers personnels. Sans compter la déception de ne pas pouvoir faire bénéficier les enfants des projets qui leur étaient initialement destinés. Par ailleurs, nous faisons l’amer constat que certaines associations font passer au premier plan leurs intérêts personnels au détriment des populations pour lesquelles sont conçues nos actions. Ces mêmes associations ne semblent pas non plus avoir conscience de la quantité de travail, d’énergie et de temps qui se cache derrière chaque envoi de matériel : collecte, tri et inventaire avant l’empaquetage réclament des heures d’investissement et ont toujours été essentiellement assumés dès le début de nos actions par une équipe de 2 personnes, parfois 4.

Ces mêmes associations ne traitent pas toujours le matériel qui est mis à leur disposition comme il le mérite ; alors qu’elles savent pertinemment qu’il leur serait impossible de se procurer au Maroc les livres de tous âges et de tous genres en français, les jeux et les supports éducatifs que notre association leur fournit, elles n’estiment pas la réelle valeur pédagogique mais aussi marchande de ce matériel. Heureusement, en dépit de ces difficultés, nous avons encore la satisfaction de voir certains de nos projets se dérouler sans embûches grâce à d’autres partenaires, fiables, sérieux et investis dans leur mission associative. Et c’est toujours un véritable plaisir de découvrir la joie et le sourire des enfants bénéficiaires de nos projets à travers les photos que nous envoient nos partenaires.

                

Ce sont ces réussites (dont les projets vous sont présentés sur notre site), même si elles ne sont pas aussi nombreuses que nous le souhaiterions, qui nous motivent à poursuivre nos actions malgré tout. Cependant, aujourd’hui, l’Association TIWIZI Suisse n’est plus disposée à payer le prix fort, au sens propre comme au figuré, pour réaliser ses projets.

C’est la raison pour laquelle nous nous interrogeons sur la nécessité de réorienter une part de nos projets de solidarité pour que l’avenir se présente sous de meilleurs auspices, en espérant que cette réflexion nous permette d’apporter une plus grande satisfaction à tous ceux qui sont de près ou de loin en relation avec notre association. Au vu du nouveau succès remporté par la campagne de parrainages de cet été, nous avons la conviction que ce type d’aide répond non seulement à un fort besoin sur place mais remplit également toutes les conditions de réussite que notre association cherche à atteindre à travers ses actions de solidarité. C’est pourquoi nous réfléchissons à mettre en place d’autres formes de parrainages auprès des populations que nous souhaitons soutenir.

Cependant, ce type d’aide personnalisée et directe nécessite des ressources financières dont notre association ne dispose malheureusement pas, d’où notre appel aux sponsors, mécènes, nouveaux membres et soutiens financiers de toutes sortes que nous lançons sur notre site internet.

Cendrine Touali, Présidente